Les 4 et 5 juin 2026, les villages de Selle et de Kroup, dans la sous-préfecture de Kim, département du Mayo-Boneye, province du Mayo-Kebbi Est, ont été le théâtre d’un violent conflit intercommunautaire. Ce qui n’était au départ qu’un différend foncier autour d’un champ s’est rapidement transformé en affrontements meurtriers entre membres des communautés marba et peule.
Selon le Procureur de la République près le Tribunal de grande instance de Bongor, Mahamat Abdou Issa, le bilan fait état de dix morts, dont huit issus de la communauté marba et deux de la communauté peule. Plusieurs personnes ont également été blessées, tandis que des habitations et des biens ont été détruits. Les forces de défense et de sécurité ont procédé à la saisie d’armes à feu et d’armes blanches utilisées lors des affrontements.
Face à la gravité des événements, le procureur a annoncé, le 9 juin 2026, l’ouverture de poursuites judiciaires pour assassinat, incendies volontaires, destruction de biens, détention illégale d’armes à feu et de munitions, association de malfaiteurs, entre autres chefs d’accusation. Quelques jours plus tard, le 13 juin, une délégation gouvernementale conduite par le ministre de la Sécurité publique et de l’Immigration, le général Ali Ahmat Aghabache, s’est rendue à Kroup pour appeler à la paix, à la cohésion sociale et au vivre-ensemble.
Pourtant, malgré ces démarches administratives et judiciaires, une question continue de hanter l’opinion publique : pourquoi le gouvernement tchadien n’a-t-il toujours pas publié de communication officielle sur cette tragédie ?
Cette interrogation est d’autant plus légitime que les autorités ont souvent pris l’habitude, lors d’événements similaires, de publier des communiqués officiels afin d’informer la population, présenter les bilans provisoires ou définitifs et condamner fermement les violences. Dans le cas présent, ce silence contraste avec les pratiques habituelles du gouvernement et nourrit l’incompréhension.
Dans un contexte où les réseaux sociaux amplifient rapidement les rumeurs et les interprétations, la communication officielle constitue pourtant un outil essentiel de gestion de crise. Elle permet non seulement d’informer avec précision, mais également de rassurer les populations concernées, de prévenir la désinformation et de démontrer la volonté de l’État de faire toute la lumière sur les faits.
L’absence d’une déclaration gouvernementale laisse malheureusement place à toutes sortes de spéculations. Certains y voient une simple lenteur administrative, tandis que d’autres s’interrogent sur la volonté réelle des autorités de traiter cette affaire avec la transparence et la fermeté qu’elle exige. Quelles que soient les raisons de ce silence, celui-ci risque d’éroder davantage la confiance entre les citoyens et les institutions publiques.
Le drame de Selle et de Kroup dépasse le simple cadre d’un conflit foncier. Il met en lumière la fragilité du vivre-ensemble dans certaines localités et rappelle l’urgence de renforcer les mécanismes de prévention et de résolution pacifique des conflits communautaires. Il souligne également l’importance de la communication publique dans la gestion des crises nationales.
Les populations touchées, tout comme l’ensemble des Tchadiens, sont en droit d’attendre des réponses claires. Elles attendent que justice soit rendue aux victimes, que les responsabilités soient établies et que des mesures concrètes soient prises pour éviter que de tels événements ne se reproduisent.
Le silence ne saurait remplacer la parole institutionnelle. Dans une démocratie soucieuse de la confiance de ses citoyens, informer n’est pas seulement un devoir de communication ; c’est une exigence de responsabilité.

