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 La tentative de mutinerie survenue les 29 et 30 août à Niamey constitue l’un des plus sérieux défis auxquels le régime du général Abdourahamane Tiani est confronté depuis son arrivée au pouvoir en juillet 2023. Des militaires ont attaqué la base aérienne 101, située dans l’enceinte de l’aéroport international Diori-Hamani, et des positions proches du palais présidentiel et des institutions publiques. Les forces loyalistes ont finalement repris le contrôle avec l’appui déterminant de l’Africa Corps russe.

Mais au lendemain de cette crise, une autre bataille se joue : celle du récit politique. Les autorités nigériennes mettent en avant l’hypothèse d’un complot impliquant plusieurs pays étrangers, notamment la France et certains voisins du Niger, dont le Tchad. Cette lecture permettrait de présenter la tentative de putsch comme une nouvelle offensive contre la souveraineté du Niger et, plus largement, contre l’Alliance des États du Sahel. Cependant, les éléments publics disponibles ne permettent pas encore d’établir de manière indépendante la responsabilité de ces États dans la mutinerie.

C’est précisément ici que le cas du Tchad devient particulièrement sensible. N’Djamena a rejeté les accusations nigériennes, alors que les relations entre les deux pays sont déjà marquées par des tensions et une méfiance croissante. Pour le Niger, pointer du doigt le Tchad peut renforcer le discours selon lequel le régime serait confronté à un environnement régional hostile. Mais pour le Tchad, de telles accusations constituent une remise en cause de sa politique et de sa volonté de préserver ses intérêts sécuritaires dans une région profondément instable.

Le risque, pour Niamey, est de réduire une crise essentiellement militaire à une confrontation extérieure. Car le fait le plus important de cette affaire reste que la menace est venue de l’intérieur de l’appareil militaire nigérien. Plusieurs sources évoquent des frustrations liées aux conditions de combat, aux pertes face aux groupes jihadistes et au fonctionnement du régime.

Ainsi, la question centrale n’est pas seulement de savoir si des puissances étrangères ont cherché à exploiter la crise, mais aussi pourquoi des soldats nigériens ont été suffisamment mécontents pour s’en prendre à leur propre commandement. Accuser des acteurs extérieurs peut être politiquement efficace, surtout auprès d’une opinion publique favorable à l’AES. Mais si ces accusations servent à masquer les fractures internes de l’armée, elles risquent de repousser le véritable problème sans le résoudre.

Pour le Niger comme pour le Tchad, l’enjeu dépasse donc cette crise ponctuelle : il s’agit désormais d’éviter que la méfiance entre voisins ne transforme les difficultés internes du Sahel en une nouvelle crise diplomatique régionale.

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