Le Tchad est-il enfin à l’aube d’une véritable décentralisation ? La question mérite d’être posée après les récents signaux politiques envoyés depuis le sommet de l’État. Du 21 au 25 juillet 2025, N’Djamena a accueilli un séminaire National sur la Décentralisation sous le thème : « La décentralisation à l’ère de la Ve République ». Une initiative saluée par beaucoup, qui a rassemblé décideurs politiques, élus locaux, membres de la société civile et citoyens engagés.
L’objectif affiché était clair : repenser l’exercice du pouvoir pour le rapprocher des populations, et impulser une gouvernance locale fondée sur la responsabilité, la transparence et la redevabilité. En somme, donner vie à ce principe souvent chanté, rarement appliqué : gouverner au plus près des citoyens.
La semaine suivante, le 29 juillet, le Président de la République, Maréchal Mahamat Idriss Déby Itno, a reçu tour à tour les délégués généraux du gouvernement auprès des provinces, les conseillers provinciaux et les maires des chefs-lieux des provinces..Ces rencontres ont été l’occasion, pour le Chef de l’État, de rappeler à chacun ses devoirs et d’insister sur l’importance d’une gestion exemplaire au niveau local. Selon ses propres mots, « nois avons mis à votre disposition tous les moyens nécessaires dépuis 2021 ».
Voilà pour le discours. Car si les intentions sont louables et les engagements politiques clairs, la route vers une décentralisation effective reste semée d’embûches. Les moyens matériels ne suffisent pas si les mentalités n’évoluent pas. Les blocages viennent souvent des résistances locales, des calculs politiciens, des rivalités de clans et d’une bureaucratie encore centralisatrice. Le défi est donc autant institutionnel que culturel.
Il ne s’agit pas ici de verser dans un optimisme béat, ni de rejeter tout progrès. Oui, les fondations semblent posées. Oui, la volonté politique est aujourd’hui affirmée. Mais la décentralisation n’est pas un décret. Elle est un processus long, parfois ingrat, qui exige rigueur, constance et courage politique. Il faudra bien plus qu’un séminaire et quelques audiences présidentielles pour que le citoyen tchadien perçoive réellement un changement dans sa commune, dans sa province, dans son quotidien.
Croisons les doigts, certes. Mais gardons aussi les yeux ouverts. Car seule une pression citoyenne continue, alliée à un engagement réel des autorités locales, permettra de transformer cet élan en une véritable réforme durable.

