Le samedi 15 mars 2025, Nathalie Yamb, militante panafricaniste helvético-camerounaise, a provoqué une vive controverse en publiant une vidéo qui a rapidement fait le tour des réseaux sociaux. Sur celle-ci, on la voit dénoncer la visite officielle de Marine Le Pen, Présidente du Parti Rassemblement National, au Tchad. Selon Nathalie Yamb, le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, Président du Tchad, aurait commis une grave erreur en invitant une figure politique d’extrême droite comme Marine Le Pen et en mettant l’avion présidentiel à sa disposition pour ses déplacements dans le pays. Dans un post acéré, Yamb déclare : « J’ai vu et il faut aussi que vous voyiez. Nous sommes en 2025, et tout un tocard de président tchadien invite Marine Le Pen en visite officielle et met l’avion présidentiel à sa disposition pour ses déplacements. »
Ces propos ont rapidement alimenté un débat national sur les principes du panafricanisme et la diplomatie internationale. Si le gouvernement tchadien est resté silencieux, plusieurs personnalités politiques et de la société civile tchadienne ont réagi vivement pour recadrer Nathalie Yamb. Parmi elles, Fatimé Boukar Koussei, ancienne ministre de l’action sociale et des affaires humanitaires, a exprimé son indignation : « Qui sont ces pseudo-militants qui foulent l’héritage panafricain de figures comme Kwame Nkrumah ? Ils ne méritent ni notre attention ni celle du Maréchal du Tchad, Mahamat Idriss Deby Itno, qui incarne une diplomatie pragmatique et proactive. La sortie de cette dame doit être un non-événement pour tous les Tchadiens. »
D’autres figures politiques tchadiennes ont également pris position, comme le député Takilal Ndolassem, qui a qualifié les propos de Nathalie Yamb de déplacés et d’insultants envers le Président du Tchad. Selon lui, la critique de la visite de Marine Le Pen était injustifiée, et l’attaque personnelle contre le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno n’était ni constructive ni utile.
Le Panafricanisme : Une Vision en Mutation ?
Cet incident soulève la question de l’évolution du panafricanisme au XXIe siècle. Autrefois, le panafricanisme était vu comme un mouvement unifié et combatif visant à l’indépendance et à la dignité des peuples africains, face aux puissances coloniales. Aujourd’hui, il semble se réorienter principalement contre l’Occident, parfois au détriment d’une approche nuancée de la diplomatie internationale. La position adoptée par des figures comme Nathalie Yamb semble faire de l’Occident un ennemi systématique, indépendamment du contexte ou des intérêts réels des États africains.
Dans le cas de la visite de Marine Le Pen au Tchad, il est important de rappeler que les relations diplomatiques ne se limitent pas aux idéologies ou aux affinités politiques des invités. Si la France et certains de ses dirigeants sont souvent perçus comme des acteurs néocoloniaux en Afrique, il est nécessaire de considérer que chaque État souverain a le droit de tisser des relations diplomatiques avec les partenaires de son choix. La diplomatie est avant tout une question d’intérêts stratégiques et économiques, qui transcendent les considérations idéologiques.
Le Maréchal Mahamat Idriss Deby Itno, en invitant Marine Le Pen, n’a sans doute pas agi dans une logique d’adhésion aux positions de l’extrême droite française, mais dans celle de la recherche d’un dialogue constructif avec toutes les parties prenantes, dans le seul but de promouvoir les intérêts du Tchad. Le Tchad, en tant que nation souveraine, a des priorités qui ne se limitent pas aux jeux d’alliances idéologiques, mais à la construction de relations bilatérales pouvant contribuer à son développement et à sa sécurité.
Panafricanisme : Constructif ou Diviseur ?
Le panafricanisme, dans sa forme actuelle, doit-il être une opposition systématique à l’Occident, ou une idéologie qui prône une coopération multilatérale constructive, respectueuse des intérêts des peuples africains tout en restant ouverte aux échanges internationaux ? La critique de Nathalie Yamb, bien que fondée sur des principes de souveraineté et de dignité africaine, semble se perdre dans un manichéisme réducteur, où l’Occident est toujours perçu comme l’ennemi. Une telle approche nuit à l’effort de construction d’un panafricanisme réaliste et pragmatique, capable de dialoguer avec le reste du monde tout en restant fidèle aux valeurs de l’Afrique.
Il est essentiel que les militants panafricanistes, tout en demeurant critiques de l’Occident, comprennent que ce qui compte avant tout, ce sont les intérêts des États africains. Le Tchad, à travers la visite de Marine Le Pen, a cherché à défendre ses intérêts nationaux. Plutôt que de réduire le panafricanisme à une opposition systématique à l’Occident, il serait plus bénéfique de développer une vision plus inclusive et nuancée, où la critique est constructive et respectueuse.
Enfin, il est crucial de souligner que le panafricanisme doit être un vecteur de respect et de dignité, et non un prétexte à l’invective et à la démagogie. Comme l’a souligné Fatimé Boukar Koussei, des propos insultants et des attaques personnelles ne devraient jamais occulter les véritables enjeux de la diplomatie et du développement. Pour que le panafricanisme demeure une force mobilisatrice et unie, il doit se recentrer sur la défense des intérêts de l’Afrique, sans se perdre dans les querelles idéologiques.