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Depuis quelque temps, les forums, séminaires, salons et autres rencontres organisées par les institutions gouvernementales se multiplient à une cadence impressionnante. Forum national sur l’emploi, sur les infrastructures, la décentralisation, l’assainissement, la femme, et peut-être bientôt un sur la sécurité… autant de rendez-vous estampillés “nationaux”, censés rassembler les parties prenantes pour réfléchir, débattre et construire des solutions autour des grandes problématiques du pays.

Sur le papier, l’idée est noble. Ces cadres de concertation permettent, en théorie, aux acteurs publics, aux experts, à la société civile, aux partenaires techniques et financiers, et parfois même aux citoyens, de dialoguer. Ils visent à dresser des feuilles de route, à formuler des recommandations, et à renforcer la coordination des actions pour un développement harmonieux du pays. En somme, ces forums devraient être des catalyseurs de politiques publiques efficaces.

Mais dans la réalité, les résultats concrets peinent à suivre. Pour beaucoup, ces forums ne sont devenus que des vitrines politiques, des occasions de discours fleuves, de selfies médiatiques, et surtout, de dépenses somptueuses. Les budgets alloués à l’organisation de ces événements sont souvent faramineux, sans véritable justification sur le retour sur investissement. Les hôtels sont remplis, les salles décorées, les per diem distribués… puis plus rien. Le quotidien du citoyen reste inchangé, et les rapports finissent au fond des tiroirs des ministères, dans l’oubli.

Les plus critiques y voient une stratégie bien rodée pour se partager le pactole sous couvert de “consultations nationales”. À peine un ministère en organise un, que d’autres emboîtent le pas, comme s’il s’agissait d’une mode à suivre plutôt que d’un besoin stratégique. On passe alors d’une dynamique de gouvernance à une logique de communication et de prestige ministériel. Organiser un forum devient alors un critère de réussite personnelle ou institutionnelle, sans réelle obligation de résultats.

Faut-il alors jeter le bébé avec l’eau du bain ? Certainement pas. Ces rencontres peuvent être utiles, à condition qu’elles ne soient pas de simples événements ponctuels, mais qu’elles s’inscrivent dans une démarche suivie, cohérente et évaluée. Les recommandations qui en sortent doivent faire l’objet d’un suivi rigoureux, d’une mise en œuvre effective, et d’un mécanisme de redevabilité. Il ne suffit pas d’organiser un forum pour marquer son passage à la tête d’un ministère. Il faut pouvoir dire : “voici ce que nous avons recommandé, voici ce que nous avons fait, voici l’impact sur la population”.

Le pays n’a pas besoin de rencontres en série, mais de résultats concrets. La réussite d’un ministre, d’un gouvernement, ne se mesure pas au nombre de forums organisés, mais à la transformation réelle de la vie des citoyens. Si les forums doivent perdurer, alors qu’ils servent à quelque chose. Sinon, mieux vaut s’en abstenir et investir directement dans l’action.

Redonnons sens à ces espaces de dialogue, et faisons d’eux des leviers de changement, non des vitrines de prestige.

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