La semaine dernière, l’actualité tchadienne a été fortement marquée par l’exclusion définitive de dix élèves neuf filles et un garçon du Lycée d’Enseignement Technique Commercial de Moundou (LETCOM). En cause : une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, dans laquelle ces jeunes participaient au challenge « On écoute mais on ne juge pas », en évoquant des aspects intimes de leur vie privée et de leurs relations amoureuses.
Face à l’ampleur de la polémique, le conseil de discipline de l’établissement s’est réuni le 13 mai 2026 pour prononcer leur exclusion définitive, évoquant une « atteinte grave aux enseignants, aux administrateurs et à toute la communauté éducative de Moundou ». Une décision qui a immédiatement divisé l’opinion publique. Certains y voient une sanction excessive, d’autres estiment qu’elle est justifiée au regard du comportement des élèves concernés.
Mais au-delà de la controverse et des passions qu’elle suscite, cette affaire révèle surtout un problème de fond que les autorités tchadiennes continuent de négliger : l’absence d’une véritable éducation au numérique dans le système scolaire.
Aujourd’hui, les réseaux sociaux et l’intelligence artificielle occupent une place centrale dans le quotidien des jeunes. Smartphones en main, des milliers d’élèves tchadiens naviguent chaque jour sur TikTok, Facebook, Instagram ou WhatsApp sans réelle formation sur les dangers, les responsabilités et les conséquences liées à l’usage de ces outils numériques. Le problème n’est donc pas uniquement disciplinaire ; il est aussi éducatif.
Sanctionner sans prévenir revient à traiter les conséquences sans s’attaquer aux causes. Les jeunes ont besoin d’être accompagnés, orientés et sensibilisés. Ils doivent apprendre à distinguer ce qui relève de la sphère privée et ce qui peut être exposé publiquement. Ils doivent comprendre que l’internet n’oublie jamais et qu’une publication peut avoir des répercussions durables sur leur vie sociale, scolaire et professionnelle.
L’éducation au numérique devrait désormais faire partie intégrante des programmes scolaires tchadiens. Elle permettrait aux élèves de comprendre le fonctionnement des réseaux sociaux, des algorithmes et des outils d’intelligence artificielle. Elle leur enseignerait également les bonnes pratiques : protéger leur vie privée, vérifier les informations, signaler les contenus dangereux, éviter le cyberharcèlement et utiliser internet comme un outil d’apprentissage plutôt que comme un espace de dérive.
L’affaire du LETCOM n’est probablement que la partie visible de l’iceberg. Si ces dix élèves ont été exposés publiquement, combien d’autres jeunes vivent des situations similaires dans l’ombre, parfois plus graves encore ? Le silence autour de ces réalités ne les fait pas disparaître.
Le Tchad ne peut plus ignorer les mutations profondes imposées par le numérique. Les autorités en charge de l’Éducation nationale, des Technologies de l’information et de la communication, ainsi que l’ensemble des acteurs éducatifs, doivent prendre cette question à bras-le-corps. L’avenir de la jeunesse tchadienne dépend aussi de sa capacité à évoluer dans le monde numérique avec responsabilité, discernement et maturité.
Car au final, une société qui veut protéger sa jeunesse doit d’abord lui apprendre à comprendre le monde dans lequel elle vit.

