L’entrée en fonction du nouveau ministre de la Jeunesse et des Sports, Nair Abakar, le 7 avril 2026, aura été marquée par une ferveur rare. À seulement 34 ans, ce consultant sportif reconnu à l’international incarne, pour beaucoup, un souffle nouveau dans un secteur en quête de repères. Sa nomination, consécutive au remaniement gouvernemental du 1er avril, et son remplacement de Maidé Hamit Lony, ont suscité un véritable engouement, notamment chez les jeunes et les acteurs du sport.
Mais au-delà de l’enthousiasme, une question essentielle demeure : ce renouveau politique peut-il, à lui seul, transformer durablement le sport au Tchad ?
Car la réalité est implacable. Le football tchadien, discipline la plus populaire, peine à exister sur la scène continentale. Jamais qualifiés pour une phase finale de la Coupe d’Afrique des Nations, les Sao viennent de subir une lourde élimination face au Burundi, avec un score cumulé sans appel. Ce constat, bien que préoccupant, n’est que la partie visible d’un malaise plus profond.
Les championnats locaux souffrent d’un manque de structuration et de continuité. Les infrastructures sont insuffisantes, les mécanismes de financement fragiles, et la professionnalisation quasi inexistante. Pour de nombreux jeunes talents, vivre du sport relève encore de l’utopie. La formation à la base, pourtant essentielle, reste défaillante, limitant l’émergence d’athlètes capables de rivaliser à l’international. Le faible nombre de joueurs tchadiens évoluant dans les championnats européens en est une illustration frappante.
Dans ce contexte, la mission de Nair Abakar s’annonce aussi ambitieuse que complexe. Plus qu’un simple gestionnaire, il est attendu comme un réformateur capable de redéfinir les fondations du sport tchadien. Cela passe inévitablement par une collaboration étroite avec les fédérations nationales, souvent critiquées pour leur manque de dynamisme et de transparence.
Le défi est double : impulser une nouvelle vision tout en respectant l’autonomie des structures sportives. Il lui faudra naviguer entre exigences de gouvernance, pressions politiques et attentes populaires, sans céder aux interférences extérieures qui ont, par le passé, freiné de nombreuses initiatives.
Mais au-delà des institutions, c’est toute une jeunesse qui attend des résultats concrets. Dans un pays où les espaces d’expression et d’épanouissement sont limités, le sport représente bien plus qu’un loisir : il est un vecteur d’espoir, d’inclusion et de réussite.
L’heure n’est donc plus aux promesses, mais à l’action. Si la nomination de Nair Abakar a ravivé l’espoir, seule une politique audacieuse, cohérente et durable permettra de transformer cet espoir en réalité. Le chantier est immense, mais il est à la hauteur des attentes d’un peuple qui aspire, enfin, à voir son potentiel sportif pleinement révélé.

