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Il y a trois ans jour pour jour, le Tchad vivait l’une des journées les plus sombres de son histoire récente. Le 20 octobre 2022, à l’appel de partis politiques et d’organisations de la société civile, de nombreux jeunes sont descendus dans les rues de N’Djamena et d’autres grandes villes du pays pour protester contre la prolongation de la transition politique, décidée à l’issue du Dialogue National Inclusif et Souverain (DNIS).

Ce qui devait être une manifestation pacifique s’est malheureusement transformé en une répression sanglante. Les forces de défense et de sécurité ont eu recours à la force pour contenir les manifestants. Le bilan officiel annoncé par le gouvernement faisait état de 73 morts, dont plusieurs membres des forces de l’ordre. Mais ce chiffre est vivement contesté par les organisateurs de la manifestation, qui avancent un nombre beaucoup plus élevé de victimes, estimé à plus de 300 morts.

Entre ces deux versions, la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH) a publié un rapport faisant état de 128 morts, 12 disparus, 518 blessés, 943 arrestations et 265 condamnations. De leur côté, l’Organisation Mondiale Contre la Torture (OMCT) et la Ligue Tchadienne des Droits de l’Homme (LTDH) ont dénombré 218 morts, des dizaines de cas de torture, des centaines de blessés, au moins 40 disparus et 1 300 arrestations.

L’accord de Kinshasa : vers la réconciliation

Face à l’ampleur du drame et aux tensions politiques qui s’ensuivirent, les Tchadiens ont finalement fait le choix de la voie de l’apaisement. Le 31 octobre 2023, un accord de réconciliation a été signé à Kinshasa, sous la médiation du président congolais Félix Tshisekedi, entre le gouvernement tchadien et le président du parti Les Transformateurs, Dr. Succès Masra. Cet accord a permis le retour de ce dernier au pays après un long exil.

L’un des éléments-clés de cet accord a été l’amnistie générale accordée à tous les acteurs civils, politiques et militaires impliqués dans les événements du 20 octobre 2022. Le Conseil National de Transition (CNT) a voté cette loi le 23 novembre 2023, dans un esprit de réconciliation nationale.

Une mémoire encore vive

Si cette loi d’amnistie a apaisé, elle n’a pas pour autant effacé la douleur des familles des victimes ni les profondes blessures laissées par cette journée. Le devoir de mémoire reste essentiel. Trois ans après, le 20 octobre 2022 demeure une date gravée dans la conscience collective tchadienne, symbole des dangers de la violence politique et de la nécessité de préserver la paix sociale.

Une leçon pour l’avenir

La répression des manifestations a mis en lumière les faiblesses des institutions, les limites du dialogue politique et les défis persistants en matière de droits humains au Tchad. Aujourd’hui, plus que jamais, les autorités doivent tirer les leçons de ces événements tragiques, renforcer les mécanismes de prévention des crises et garantir les libertés fondamentales, notamment le droit de manifester pacifiquement.

La voie de l’apaisement choisie par les acteurs politiques doit désormais être consolidée par des actions concrètes de justice transitionnelle, de dialogue inclusif et de réformes institutionnelles. C’est à ce prix que le Tchad pourra réellement tourner la page du 20 octobre 2022 et construire un avenir plus stable et plus juste pour tous ses citoyens.

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