L’actualité africaine, ces derniers jours, a été marquée par la décision du gouvernement gabonais de réserver certains métiers dits de « proximité » exclusivement aux nationaux. La coiffure de rue, la vente de produits au détail, la réparation de téléphones ou encore l’orpaillage artisanal, autant d’activités où les étrangers particulièrement ceux d’Afrique de l’Ouest sont fortement représentés. Cette décision, motivée officiellement par la volonté de protéger l’emploi local, a immédiatement ravivé des tensions sur la place des ressortissants africains au Gabon.
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Des propos hostiles à l’endroit des commerçants étrangers ont été relayés par une influenceuse gabonaise, entraînant une mise en garde pour trouble à l’ordre public. La mairie de Lambaréné a, de son côté, dénoncé des paroles de nature haineuse. Le ministère des Affaires étrangères du Bénin a même annoncé l’organisation d’un recensement des ressortissants béninois désireux de rentrer volontairement dans leur pays d’origine. Autant d’événements qui témoignent d’un climat tendu, où l’étranger, pourtant africain et frère de continent, devient le bouc émissaire de frustrations économiques et sociales.
Faut-il y voir une simple décision de politique intérieure, un geste populiste destiné à apaiser une opinion publique exaspérée ? Ou bien un signal plus inquiétant : celui d’une fermeture progressive, d’un rejet de l’idéal panafricaniste au profit de replis nationaux ?
L’affaire gabonaise n’est pas isolée. En Tanzanie récemment, certains métiers ont été interdits aux étrangers. En Afrique du Sud, les violences xénophobes contre d’autres Africains sont devenues récurrentes. Quant au rêve d’un passeport africain et de la libre circulation des personnes, il reste pour l’heure une promesse non tenue : seuls le Bénin, la Gambie et les Seychelles offrent un accès sans visa à tous les Africains. Dans une grande partie du continent, il faut encore franchir l’obstacle des visas, comme si les frontières héritées de la colonisation avaient été sacralisées plutôt que dépassées.
Le panafricanisme, dans sa version rêvée, suppose la possibilité pour un Africain de voyager, de travailler, de s’installer librement dans n’importe quel pays du continent sans être considéré comme un intrus. Mais la réalité nous rattrape : rivalités économiques, méfiances politiques, et montée des nationalismes créent des murs invisibles plus solides encore que ceux de béton.
Alors, le rêve panafricaniste est-il impossible ? Non, mais il est fragilisé. Il ne peut se réduire à des discours lors de sommets ou à des symboles comme un passeport continental resté dans les tiroirs. Il exige un courage politique et une pédagogie citoyenne. Il exige que les gouvernements africains assument que l’avenir du continent ne se bâtira pas contre ses voisins, mais avec eux.
Ce qui se joue au Gabon dépasse le cadre d’un simple arrêté ministériel. C’est une illustration, brutale, de la contradiction permanente entre l’idéal panafricaniste et la gestion des réalités nationales. Tant que cette contradiction ne sera pas levée, l’Afrique restera prisonnière de ses frontières intérieures. Et le rêve panafricain, lui, continuera de s’éloigner.

